Ne faites pas de Sephora la fin dune Nouvelle... Faites-en le commencement dun Écosystème

09/02/2026 - 16:44 PM

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Article made special in the French language 

 

Par Akram MENDAME ZENEDDINE *

Il y a des nouvelles que nous lisons avant de tourner la page, et il y a des nouvelles devant lesquelles il faut s'arrêter, non pour leur ampleur immédiate, mais pour ce qu'elles révèlent de ce que nous pourrions accomplir demain. Parmi ces nouvelles émerge aujourd'hui le nom d'une jeune Gabonaise de dix-sept ans : Sephora Maganga Nziengui.

La présence de Sephora au sein de la Mission ShakthiSAT n'est pas, à mes yeux, la simple nouvelle d'une jeune Gabonaise parvenue à un programme international lié aux sciences spatiales. La nouvelle est belle, mais la beauté n'est pas ma question. Je vois derrière ce nom une interrogation bien plus vaste que l'âge de celle qui le porte : qu'avons-nous fait, en soixante-six ans, des rêves des enfants du Gabon, et que pouvons-nous en faire durant les soixante-six années à venir ?

La question n'est pas sentimentale, et je ne la pose pas pour comparer une époque à une autre, ni un président à un autre. Les États ne se lisent pas avec cette simplicité, et l'histoire ne se résume pas aux noms des hommes qui ont gouverné, mais aux étapes que l'État a traversées et aux défis que chaque époque lui a imposés.

Avec Léon Mba, père de l'indépendance et premier Président de la République gabonaise, commença la bataille de la fondation de l'État, de la construction de ses institutions et de l'enracinement de sa souveraineté. Vint ensuite Omar Bongo Ondimba, qui conduisit le Gabon durant de longues décennies marquées par l'édification des institutions de l'État et l'expansion de sa présence régionale et internationale, décennies au cours desquelles le pays connut de profondes transformations économiques et sociales. Après sa disparition, Rose Francine Rogombé porta la responsabilité d'une transition délicate : gardienne de la Constitution et de la passation du pouvoir dans l'un des moments les plus sensibles de l'histoire de la République.

Puis vint Ali Bongo Ondimba, avec une approche économique qui voulait faire passer progressivement le Gabon d'une économie largement fondée sur l'exportation de matières premières à une économie tournée vers la transformation locale et la création de valeur ajoutée. Au cœur de cette étape apparut l'expérience du partenariat public-privé, le PPP, et progressèrent les projets d'infrastructures, de plateformes industrielles, de ports et de services logistiques ; la Zone économique spéciale de Nkok devint l'un des symboles les plus marquants de la volonté de transformer les ressources gabonaises au Gabon plutôt que de se contenter de les expédier brutes vers l'étranger.

Aujourd'hui, le président Brice Clotaire Oligui Nguema conduit une étape nouvelle. Un homme qui a grandi au sein des institutions de l'État et au centre de la décision, avant de se trouver face à la responsabilité de conduire la transition et de reconstruire la relation entre le citoyen et l'État, jusqu'au passage du pays à une nouvelle étape politique. Cela s'est accompagné d'une vaste présence sur le terrain dans les provinces du Gabon, d'un élan manifeste vers les infrastructures, et de la remise au premier plan des questions de souveraineté économique, de production nationale et du rôle de l'État dans le développement.

Mais l'histoire, si importante soit-elle, ne doit jamais devenir un musée où nous vivrions.

Le Gabon, qui, hier, avait besoin de routes, de ports, d'aéroports et de zones industrielles, a aujourd'hui besoin de quelque chose de plus : l'économie du savoir.

Et c'est ici que revient Sephora.

Je ne veux pas que nous fassions de Sephora Maganga Nziengui une belle histoire que nous célébrerions quelques jours, dont nous brandirions les images sous les applaudissements, avant de retourner à nos affaires comme si rien ne s'était passé. Les histoires individuelles s'achèvent quand cessent les applaudissements ; les indicateurs, eux, se lisent puis se traduisent en décisions. Et Sephora est un indicateur. Que cette mission s'accomplisse à la date prévue ou qu'elle prenne du retard, la question qu'elle a ouverte demeure : le véritable succès n'est pas qu'une seule jeune Gabonaise atteigne un programme spatial international, mais que nous demandions aussitôt : comment en faire suivre dix ? Puis cent ? Puis, mille jeunes Gabonaises et Gabonais dans les sciences spatiales, l'intelligence artificielle, la robotique, les satellites, l'analyse de données, la cybersécurité et l'ingénierie avancée ?

C'est exactement ici que commence la question économique, et ici aussi qu'il faut être précis : le Gabon ne part pas de zéro.

Depuis des années, le Gabon possède son Agence nationale d'études et d'observations spatiales, l'AGEOS, qui reçoit et analyse les images satellitaires pour la surveillance des forêts et des terres. Cette agence est la tête de pont. La véritable question n'est pas de créer à partir du néant, mais de bâtir sur l'existant et de l'élargir : d'une agence qui observe, vers un écosystème qui enseigne, forme, incube et produit.

Si le Gabon a su utiliser le modèle du PPP pour bâtir une zone économique, un port ou une plateforme industrielle, pourquoi n'utiliserait-il pas la même logique pour bâtir un écosystème national de la technologie et de l'espace ?

Je ne parle pas d'un Gabon qui se réveillerait demain en décidant de construire une fusée. Ce serait une réduction naïve de ce qu'est l'économie spatiale. L'espace est aujourd'hui un vaste écosystème économique qui commence par l'éducation, les logiciels, les données, les télécommunications et la télédétection, passe par les petits satellites et les stations de réception au sol, et aboutit à des applications éminemment pratiques dans l'agriculture, les mines, les forêts, les ports, la météorologie, la gestion des frontières et des catastrophes, et la planification urbaine.

Et le Gabon, précisément, possède des raisons concrètes d'entrer dans cet écosystème.

Un pays dont les forêts couvrent l'essentiel du territoire a besoin d'une surveillance fine du couvert forestier, du carbone et des évolutions environnementales. Un pays riche en ressources minières a besoin d'outils avancés d'exploration et de cartographie. Un pays doté d'une façade maritime, de ports et d'ambitions logistiques a besoin de technologies de surveillance de la navigation et des côtes. Et un pays qui veut développer son agriculture a besoin de données pour suivre les sols, l'eau, les cultures et le climat.

Autrement dit, l'investissement spatial, pour le Gabon, ne doit pas commencer par l'espace, mais par les problèmes de la terre gabonaise elle-même.

De là, j'entrevois la possibilité de penser un PPP nouveau, différent cette fois : l'État fixe la vision, le cadre réglementaire et les objectifs souverains ; l'AGEOS et les universités bâtissent le capital humain et la recherche scientifique ; le secteur privé apporte la technologie, l'investissement et l'expertise opérationnelle ; les partenaires internationaux ouvrent les portes de la formation, du transfert de savoir et des marchés.

Et l'écosystème peut commencer modestement mais intelligemment : un programme national des sciences, de la technologie et de l'espace, des bourses spécialisées, des laboratoires de robotique et d'intelligence artificielle, des partenariats universitaires internationaux, un centre élargi d'analyse des données satellitaires, un incubateur de jeunes entreprises, puis le passage progressif à des projets plus avancés à mesure que mûrissent les compétences et la viabilité économique.

L'expérience de Nkok nous a enseigné une leçon essentielle : la vraie valeur ne réside pas seulement dans ce que possède la terre, mais dans ce que l'homme sait y ajouter avant qu'elle ne le quitte.

Hier, la question était : pourquoi exporter le bois brut quand nous pouvons le transformer au Gabon ?

Aujourd'hui, il faut en ajouter une autre : pourquoi exporter nos enfants en quête de savoir, pour nous contenter d'être fiers quand l'un d'eux réussit à l'étranger, alors que nous pouvons bâtir une part de l'écosystème du savoir au Gabon même ?

Et la vraie question devient, non pas jusqu'où est parvenue Sephora Maganga Nziengui, mais ce que feront l'État, l'université et le secteur privé après qu'elle y est parvenue.

Les défis du Gabon ont changé de génération en génération, mais l'essence de la responsabilité est demeurée la même : que chaque génération laisse à la suivante un État plus capable que celui qu'elle a reçu. Nous avons bâti les institutions, tracé les routes, érigé les ports, créé les zones économiques, et engagé la bataille de la transformation et de la valeur ajoutée.

La bataille qui vient est celle de l'intelligence gabonaise.

C'est pourquoi je le dis : ne faites pas de Sephora la fin d'une nouvelle, ni une image éphémère sur les réseaux sociaux.

Faites-en le commencement de la question.

Puis faites de la question un projet.

Du projet, une institution.

De l'institution, un écosystème.

Puis faites de l'écosystème une histoire nationale qui ressemble au matin du 30 août, quand un peuple tout entier se rassemble dans un même regard tourné vers l'avenir.

Sephora Maganga Nziengui n'est peut-être aujourd'hui qu'une jeune Gabonaise qui regarde le ciel, mais notre responsabilité est de faire se lever derrière elle toute une génération qui sache que le ciel n'est pas le plafond de son ambition, et que son ambition est digne de ses trois couleurs : le vert, le jaune et le bleu.

 

* Consultant et expert en affaires stratégiques et développement économique

 

 

 

 

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